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Interview Gojira 05/2012

Posted by Nicolas Keshvary on 4 mai 2012 in Interviews

A quelques heures d’un concert au Mans, tout juste après avoir terminé ses balances, MARIO DUPLANTIER, batteur de GOJIRA, nous a consacré un peu de son temps pour discuter de l’actualité chargée de son groupe : tournée des clubs démarrée il y a quelque jours, parution d’un nouvel album (L’ENFANT SAUVAGE, à paraitre le 25 juin) et d’un coffret DVD/CD live (THE FLESH ALIVE, à paraitre le 4 juin), festivals et stades cet été… Tout un programme !

 

DAILY ROCK : Mario, vous avez débuté depuis quelques jours votre tournée, vous faites également la promo de votre nouvel album : comment ça va ?

MARIO DUPLANTIER : Ca va très bien, on a commencé la tournée depuis quatre jours, on est de retour sur la route, et c’est vrai que c’est un peu schizophrénique, on passe d’un bus climatisé à des concerts où on joue devant des foules de gens et où tout le monde est en sueur, après qu’on ait passé du temps à travailler au calme dans un studio avec un casque sur les oreilles, mais c’est super d’être à nouveau sur la route.

DR : L’album n’est pas encore sorti, mais vous interprétez tout de même une nouvelle chanson chaque soir sur cette tournée (ndlr : « l’enfant sauvage »). Dans le même temps cette chanson a été mise à disposition des fans sur internet : pourquoi avoir choisi celle-ci, est-elle selon-toi la plus adaptée au live, ou représentative de l’album … ?

MD : On n’a pas pensé à l’aspect live quand on a choisi cette chanson, on l’a surtout choisie parce que c’est un titre que l’on aime beaucoup, qui est également assez représentatif de l’émotion qui se dégage de l’album, etc… C’est toujours difficile de choisir un single sur un album, ça aurait pu en être une autre mais celle-ci a une lecture assez simple et il est assez facile d’en capter l’émotion, c’est assez direct, instantané, et c’est toujours intéressant lorsqu’on sort un premier morceau qu’il puisse être compris directement, mais encore une fois, on n’a pas spécialement considéré l’aspect live.

DR : Comme je le disais précédemment, vous avez commencé votre tournée il y a quelques jours (ndlr : le 30 avril à Montpellier), mais votre nouvel album ne sortira que le 25 juin. Est-ce que vous ressentez l’attente et la pression des fans qui attendent impatiemment votre nouvelle livraison, chaque soir lorsque vous montez sur scène ?

MD : Oui clairement, ça met la pression, toutes ces histoires de planning, d’accord avec le management, etc… Là on est sur la route parce que c’est la période des festivals, et que c’est une période super importante pour tous les groupes, donc on s’est retrouves à jouer dans des festivals puis on a calé des dates entre, mais on le prend très simplement : on donne un concert de Gojira avec un tout petit avant-gout de l’album, et derrière on repassera en remettre une couche en automne avec une setlist axée sur le nouvel album. C’était aussi une bonne occasion de faire la fête avec les fans, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas joué en France et c’est aussi pour partager avec les gens, dire qu’on est là, plus motivés que jamais, et qu’il va se passer plein de bonnes choses !

DR : Est-ce que tu peux nous parler un peu de la gestation de ce nouveau disque : composé dans un tour bus ou dans un studio, tous ensemble ou chacun dans son coin, etc… ?

MD : On aime bien composer à la maison, être au calme dans un local de répétition, prendre le temps de faire les choses, et par conséquent c’est ce qu’on a fait sur cet album. On a pris sept mois, durant lesquels on n’a quasiment pas tourné, pour prendre le plus d’espace possible, se sortir des réflexes de la scène, de la tension et du stress générés par les tournées… Ça a été très important de prendre le temps, d’être chez soi, de pouvoir jammer, pour retrouver de l’inspiration.  Donc pour cet album, on a pris sept mois pleins pour jammer, faire des pré-productions, essayer des choses, changer des parties, enlever des morceaux qui n’allaient pas, on a vraiment fait de la recherche, et pour ça on aime bien être dans le local de répétitions. Beaucoup des idées sont venues de moi et mon frère (ndlr : Joe Duplantier, guitariste et chanteur de Gojira). J’étais dans une période très inspirée, je trouvais beaucoup d’idées d’ambiances, de riffs, des fois j’ai même amené la structure entière d’un morceau, donc clairement, pour moi ça a été une période très inspirée. Après, bien sûr on bosse tous les quatre ensemble, mais disons que 90% de l’album viennent de moi et de mon frère.

DR : Hormis deux pistes de votre premier album Terra Incognita paru en 2001 (ndlr : 5988 trillions de tonnes et 1990 quatrillions de tonnes), jamais vous n’aviez sorti de titre en français. Cette fois-ci, l’album porte un titre en français…

MD : L’interprétation est libre, il n’y a pas spécialement de volonté particulière derrière le fait d’avoir un titre en français. C’est aussi un clin d’œil, maintenant qu’on marche bien à l’international, ce qui est génial pour nous, pour dire « Nous on est en français ». De plus, « l’enfant sauvage », si tu le traduis en anglais, ça ne sonne pas terrible, ça donne quelque chose comme « wild child », et ça ne retranscrit pas le coté énigmatique et profond qui t’es évoqué quand tu entends le titre en français. Apres, pour ce qui est de chanter en anglais, on est un groupe qui a de fortes influences anglo-saxonnes, et pour Joe c’est plus facile de chanter en anglais, c’est un exercice compliqué de chanter en français, il est plus à l’aise comme ça. C’est aussi une langue internationale, c’est comme ça qu’on s’est fait connaitre à l’étranger, donc il y a une logique dans tout ça, mais après on s’est dit « Pourquoi ne pas faire appel à un titre en français ? » et on l’a fait, il n’y a pas vraiment de règle prédéfinie.

DR : Au passage, comment s’y prend Joe pour écrire ses paroles : d’abord en français puis ensuite un travail de traduction et d’adaptation à l’anglais, ou alors l’idée lui vient en anglais ?

MD : Ça lui vient directement en anglais. Joe a toujours été proche de la culture anglophone, il parle très bien anglais, il a toujours été très à l’aise avec ça, je ne sais pas comment ça se passe dans sa tête (rires) mais voilà, il pense en anglais, et ses idées lui viennent donc en anglais, c’est un réflexe, c’est sa façon de faire de la poésie. Moi je ne parle pas bien anglais donc je serais obligé de traduire mais pour lui ca sort comme ça.

DR : En plus de sortir un nouvel album, vous sortez également un coffret live avec deux concerts en DVD, plus un autre partiel, ainsi qu’un CD  et un documentaire sur la période de la sortie et de la tournée promotionnelle de The Way Of all Flesh. Est-ce que tu peux nous parler un peu de cette parution ?

MD : Ca faisait longtemps qu’on avait des live de bonne qualité sur nos disques durs, et on pensait que ça serait dommage de ne pas utiliser ce matériel. Après, c’est difficile de trouver le bon deal avec quelqu’un d’intéressé pour le sortir proprement, donc ça a mis du temps à se mettre en place mais ça faisait longtemps que l’on voulait sortir quelque chose vu tout ce que l’on a parcouru, les voyages que l’on a faits, etc… On s’est dit qu’il fallait vraiment sortir un DVD. Pour le documentaire, on avait également des tonnes de rushs de petites cameras personnelles, c’est vraiment vu de l’intérieur, et du coup on a tout réuni pour en faire quelque chose. On y travaillait déjà en 2010, donc ça fait quand même un bon moment que ça nous taraudait. Comme je le disais, on a mis du temps à trouver un contrat pour sortir ce coffret dans de bonnes conditions mais maintenant on y est et on en est contents.  On y retrouvera donc un live au Garorock de Marmandes, filmé avec une dizaine de cameras, qui est un concert assez électrique, un autre live dans une salle plus intimiste à Bordeaux avec moins de caméras et une image un peu plus brute mais une atmosphère plus « de l’intérieur » et enfin un bout du concert des Vieilles Charrues en 2010 filmé avec le super matériel du festival, donc une grosse production. Pour le documentaire, pour le coup c’est beaucoup plus artisanal, avec pas mal d’images de qualité médiocre, mais l’intérêt c’est que ça donne une vraie vue de l’intérieur. Pour la partie audio, tout a été mixé par Rémy Deliers, qui est un mec de Lille et qui s’est occupé de tout le son du DVD.

DR : Sur un tel coffret avec énormément de matériel, quel est votre degré d’implication ?

MD : On fait tout ce qu’on peut pour être le plus proche possible de tout ce qui sort. Par exemple, le teaser, on n’a pas eu le temps de travailler dessus, ni de le valider, donc il est sorti sans qu’on ait pu le voir avant, et on essaye au maximum d’éviter ce genre de choses, on ne laisse pas faire. Normalement on surveille tout : le packaging, l’articulation du DVD, l’esthétique, les menus… Là on a embauché une fille qui bosse dans la vidéo en France, qui s’appelle Anne Deguehegny, pour bosser sur les menus, c’est aussi elle qui a bossé sur le documentaire, le visuel c’est mon frère qui l’a fait avec l’aide de Mascot Records… donc pour tout ce qu’on fait on essaye d’être au plus près des choses. Pour le dernier album c’est pareil : mon frère a beaucoup bossé sur le packaging, sur le visuel, etc… Tout ce qu’on peut maitriser, on s’en occupe mais il y a des fois où on ne peut pas parce qu’on est sur la route ou autre, et c’est ce qui est arrivé pour le trailer du DVD, on ne l’a même pas vu et il a été poste sur le net. Ça va, il est cool et efficace, mais on n’aime pas trop quand ça se passe comme ça, on ne lâche rien.

DR : A époque de la sortie de The Way Of All Flesh (ndlr : octobre 2008), vous aviez déjà  le statut d’un groupe important, mais l’attente était énorme : les fans et les journalistes attendaient vraiment de vous que vous franchissiez un palier. Avec le recul, que penses-tu de cette période ?

MD : Je suis très fier du parcours qu’on a fait, des voyages, des rencontres, de l’attention que les fans nous accordent : tout ça, on en est tous très fiers et très reconnaissants. Ça nous a valu énormément de travail, mais je pense que d’un certain coté, on le mérite vu le nombre d’heures qu’on a passées à bosser, à démarcher pour le groupe, à travailler sur des détails. Dans le même temps on sait que rien n’est acquis donc a va essayer de continuer d’évoluer avec classe, on va continuer d’être proches de notre art, sous tous ses aspects, et ne pas lâcher, parce qu’à partir du moment où tu lâches, c’est fini. On est dans un milieu qui n’accorde pas de place à la médiocrité donc on va tout faire pour ne jamais tomber dans la médiocrité. Bon, peut être que ça arrivera un jour (rires), mais tout en étant très heureux de ce qu’on a déjà fait, on sait aussi qu’il reste beaucoup de chemin… On n’a jamais joué au Japon, très peu en Suède, jamais au Portugal ni en Amérique Latine, donc il y a encore beaucoup à développer pour notre projet, parce qu’il y a des gens partout et que parmi eux, il y en a peut-être qui comprendront notre art. Il y a beaucoup de boulot à faire mais on est motivés.

DR : Justement, les gens qui attendaient que vous transformiez l’essai en 2008, cette année ils attendent que vous confirmiez…Est-ce que ça vous rajoute encore un peu plus de stress au moment d’arriver sur scène avec un nouveau disque et un nouveau DVD ?

MD : La pression, elle ne redescendra jamais. Pour l’instant l’album a des échos positifs, mais il y en aura toujours pour attendre le suivant et voir si on n’a pas régressé… Donc ce sera toujours comme ça, la pression on se la met à nous même, on a envie de bien faire, pour le public mais aussi d’un point de vue personnel. D’un point de vue individuel, on a besoin que notre musique soit belle, compréhensible, efficace, rythmée, etc… Quand c’est moyen on jette, on s’attache à ne sortir que des choses de qualité. Donc voilà, il y aura toujours de l’attente, des déçus, des gens qui aiment, donc il faut rester concentrés, professionnels, et continuer à travailler. Assez étonnamment, j’ai moins la pression pour cet album que pour le précédent, je l’aime profondément, je le trouve vraiment riche, donc je suis déjà content pour moi-même. Je suis toujours hyper perfectionniste et j’aime vraiment cet album. Après, il y aura peut-être des gens qui ne le comprendront pas mais j’espère qu’on reconnaitra qu’il y a un travail, une profondeur, une richesse dessus. Les gens qui aiment Gojira s’y retrouveront, je pense.

DR : Il est également un domaine où vous avez vraiment explosé depuis 2008, c’est la scène. Vous avez ouvert pour Metallica pendant deux mois aux Etats-Unis, vous ouvrez pour eux au Stade de France le 12 mai, vous avez participé à la tournée Soundwave en Australie, vous jouez cet été dans les plus gros festivals d’Europe (Nova Rock, Graspop, Rock Am Ring…)… Ça vous fait quoi de jouer devant des dizaines de milliers de personnes, d’autant que vous n’officiez pas dans le registre le plus mainstream qui soit ?

MD : C’est fou ! Pouvoir jouer du Death Metal au Stade de France c’est incroyable ! C’est un putain d’honneur et nous on donnera tout. Le mot d’ordre avant de monter sur scène ça sera de tout donner, c’est ce qu’on fait à chaque concert, que ça soit dans une petite salle ou devant beaucoup de gens. Ce sont les concerts qu’on a donnés dans des petites salles qui nous ont permis de jouer dans des plus gros endroits, on ne perd pas ça de vue et on en est bien conscients.  Ce soir on est au Mans, on a fait les balances, on soigne au maximum le son. Là je suis déjà en train de boire de l’eau pour être en forme tout à l’heure et tout fracasser, et avant de jouer au Stade de France ce sera exactement la même chose, on ne fait pas de différence. Par contre, c’est certain que c’est très gratifiant de pouvoir jouer devant autant de gens une musique qui n’est pas évidente.

DR : Un des premiers concerts que vous ayez joués hors de France a eu lieu a Yverdon, avec notamment Dagoba. Vous y revenez avec un statut tout autre, des années après, avec Metallica, Mastodon, Slayer et Motorhead dans le cadre du Sonisphere suisse. Est-ce que tu te souviens de cette date et y as-tu pensé quand tu as appris que vous alliez revenir ?

MD : Oui, c’est génial ! Moi j’ai adoré cette date à Yverdon avec Dagoba. C’est toujours agréable d’arriver dans un pays où les gens ne t’ont jamais vu. Ce sentiment-là,  des fois ça me manque un peu, ça va revenir quand on ira dans les endroits où on ne s’est jamais produits, mais il y a une excitation, une envie de vaincre, un truc presqu’animal, et je me rappelle de cette date à Yverdon, j’étais comme un fou, il parait que j’arrêtais pas de dire « Putain ! On va en Suisse ! ». Pour moi c’était incroyable de jouer dans un autre pays que la France, donc là c’est super de revenir, et pour le coup il y aura Metallica donc c’est fabuleux !

DR : Le mot de la fin pour les fans … ?

MD : J’adore la Suisse, le niveau de vos groupes est incroyable, on joue toujours dans de bonnes conditions, on y mange super bien, vous avez de beaux paysages et de belles montagnes, il se dégage quelque chose de zen, donc je salue tous les suisses et je leur dis « Préparez-vous, Gojira arrive ! » (rires).

DR : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette interview, bon concert pour ce soir, et bon courage pour la suite !

MD : De rien, merci.

Interview par Antoine le 03/05/12

La video: ici

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